L'oeil dans sa poche numéro 12
Portraits de créateurs en Rhône-Alpes
Arts plastiques, Design, Photographie, Céramique, Illustrations, Graphismes,...
 

BENJAMIN VIORT

artiste plasticien

CONTACT

http://benjaminviort.blogspot.com
benjaminviort@gmail.com

FORMATION

Maitrise d’Arts Plastiques

INFLUENCES

Je suis très curieux de ce qui se passe dans des lieux de recherches plastiques, dans les expositions d’arts contemporains...

Je suis très influencé par la musique que j’écoute et par mon environnement sonore.

 

MON PARCOURS

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Après une maitrise d’arts plastiques à Bordeaux, je suis entré aux Beaux Arts de Paris. Je faisais beaucoup de dessin et je voulais apprendre la gravure. Mais, en restant dans l’atelier de gravure, je suis peut-être passé à côté de rencontres intéressantes, à côté d’ artistes comme Erik Dietman et faire partie de leur atelier. En arrivant en équivalence aux Beaux-arts, j’ai souvent eu l’impression d’être le cul entre deux chaises. En quittant les Beaux-arts, j’ai abandonné la gravure n’ayant pas le matériel nécessaire à ma disposition.

A l’époque, je travaillais surtout les savons. Avec un ami, on avait retrouvé une vieille recette basique pour fabriquer du savon.

C’était une période où on expérimentait plein de procédés comme les tirages au charbon en photo, la fabrication de papier... Le savon est la rencontre de deux matières très différentes, le saindoux et la soude. Je trouvais que cette matière était très spéciale à travailler, très chargée historiquement.

Je faisais des moulages de petites briques de savon avec lesquelles je construisais des architectures, j’ai toujours en projet la construction d’un igloo en savon.

Le savon, au début, peut faire penser à de la neige mais, en vieillissant, il se craquelle, et il évoque davantage l’os ou certains minéraux usés par les intempéries. L’igloo en savon serait devenu avec le temps une sorte d’exosquelette. J’avais aussi gravé des savonnettes avec le nom de chaque os du squelette humain, des savons pour se laver l’ossature....

 

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Toutes ces recherches n’aboutissaient pas beaucoup. J’avais de bonnes idées mais pas les moyens de les développer. Comme j’avais quitté les beaux-arts, je n’avais pas de réseau, j’étais un peu "solo".

Au bout d’un moment, mes amis et mon frère m’ont offert une presse.

Puis, je suis arrivé à Lyon, je suis devenu prof d’arts plastiques, ce qui me rend assez heureux pour l’instant.

Je crois qu’il y a plein de choses à faire passer par les arts plastiques, même si nous n’avons pas tout à fait les mêmes attentes, les élèves et moi. Leur représentation de cette discipline est encore liée au "beau dessin", ce qui par la suite peut provoquer des déceptions car tous ne dessinent pas comme ils le voudraient. Je préfère les accompagner dans une réflexion et une pratique bien plus ouverte sur l’image.

Ma compagne a découvert la friche RVI à Lyon. Je suis venu, j’ai demandé un espace d’un atelier qui se libérait, j’ai pu m’installer assez rapidement et ma pratique de gravure a recommencé.

Il a fallu réapprendre à faire de la gravure.
C’est comme la confiture, chacun a sa recette.

Comme je suis le seul graveur dans la friche, on fait des sessions de travail à plusieurs, chacun y allant à sa manière.

Des sessions d’initiation sont organisées sous le nom de "Chez Véro, gravure pour dames et messieurs". Ceux qui le souhaitent peuvent ensuite venir développer leur projet de manière régulière. (http://www.atelierchezvero-overblog.com)

 

ÉTAPES DE TRAVAIL

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Tirage d’un eau forte :

Je chauffe légèrement la plaque qui a été gravée.

J’encre avec une encre spéciale. Celle-ci est fabriquée à base d’os calciné et broyé. On travaille l’encre pour la rendre élastique afin qu’elle pénètre tous les sillons.

J’essuie avec de la tarlatane. Chaque personne a sa façon d’essuyer. Je fini d’essuyer à la main, ce qui s’appelle un pommage pour enlever ou régulariser le reste d’encre qui donnera un fond doux grisé ou très blanc.

La plaque essuyée est placée sur le plateau de la presse. Je dispose le papier sur cette plaque. A l’aide du volant, le plateau est entrainé sous les rouleaux qui pressent le papier contre le plaque encrée. Sous pression, le papier va chercher l’encre dans le moindre sillon.

Enfin, je retourne le tirage et j’évalue si l’épreuve est satisfaisante ou pas. Si c’est le cas, je le mets à sécher durant une dizaine de jours, à plat sous des poids. J’essaie d’être bon techniquement sans prétendre être un éditeur de gravure.

La gravure me fait penser à la photographie : c’est plein d’étapes techniques, il faut être très rigoureux et, à la fin, tu as la surprise de ton tirage. Le moment où on relève le papier pour voir l’image ressemble au moment où l’image se révèle dans un labo photo.

 

PRODUCTION

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J’aimerais utiliser la gravure comme une technique de dessin, simplement, comme si je faisais un fusain, une encre...

J’ai exposé un travail sur les îles au Bocal, à Lyon. J’avais eu accès à une bibliothèque privée qui contenait beaucoup de gravures et de livres de voyages du XVII ieme siècle.

J’ai trouvé très intéressant de constater à quel point ces gravures étaient justes tout en étant fausses. Elles racontent, sous des airs d’observations scientifiques, les attentes de celui qui le fait. L’auteur se projette énormément, je trouve ça très touchant.

Le thème des îles est peut-être venu de là.

Je ne me donne pas beaucoup de contraintes, elles apparaissent au fil du travail. La découverte des thèmes arrive souvent à la fin. C’est un peu comme quand on va au marché sans liste de courses, on est séduit par des produits, on revient à la maison avec et on fait des recettes en fonction de ce qu’on a.

Comme j’aime composer, me confronter au rond me semblait intéressant.

En plus, je n’ai pas vu souvent de gravures rondes.

Le rond a pris tout son sens, tous ces ronds formaient des sortes de bulles, d’agglomérations, de cellules...

 

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Le problème avec la gravure, c’est que la papier qu’on utilise est très beau. La moindre merde imprimée, encadrée par ce beau papier, provoque un effet de contraste toujours séduisant.

La gravure est restée un monde à part, avec ces codes : la numérotation des tirages, les marges...Tout ça ne m’intéresse pas tellement, j’ai plutôt tendance à couper les marges.

La gravure permet d’avoir un dessin expressif mais en retenue, un dessin qui ne part pas dans tout les sens. On grave une matière qui résiste, on y inscrit une trace définitive.

La série des "îles"est du "presque paysage".
Il y a quelques effets de perspectives qui nous permettent de rentrer dans l’image et en même temps, certains éléments perdent un peu le spectateur, il s’y mêlent différents points de vue, comme une vue d’avion et une vue de côté.

J’avais introduit la couleur dans l’exposition à l’Épluche-doigts en collant des papiers colorés au dos des gravures que j’épinglais à distance du mur. La couleur du papier se reflétait sur le mur et créait une sorte de halo coloré qui isolait la gravure en lui donnant un coté plus "punchy". Cette idée est directement influencée par les "Épées" de Yannick Vey vues au musée d’art moderne de Saint-Étienne.

J’aime l’univers noir et blanc de la gravure mais parfois, j’aurais envie d’y mettre du fluo !

J’ai envie de faire quelque chose avec tous les tirages d’essais qui ne sont pas réussis mais où l’image est là malgré tout. J’ai fait une proposition d’accrochage des ces essais comme une carte que les spectateurs pouvaient recomposer.

 

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Dans la lignée des familles musiciennes qui jouent souvent à quatre mains, mon fils Zacharie et moi avons un projet de productions graphiques, sous le nom de "sakassinge".

Pour mon expo à l’épluche doigt, je suis parti de deux plaques-mères, des plaques de recherche, puis j’ai isolé des éléments que j’ai agrandis et retravaillé sur de nouvelles plaques.

Je me suis rendu compte qu’apparaissent des sortes de molaires, alors, j’ai repris le motif jusqu’à évoquer l’intérieur d’une bouche ouverte. Ce motif est très différent du reste, plus végétal, les choses évoluent. J’ai appelé cet exposition "genoux", "knees", c’est le nom que donne Philip Glass à des moments d’interludes, à des passages entre deux morceaux. Le genou est ce qui relie, ce qui crée le lien tout en articulant, c’est aussi, d’un point de vue analytique, le "je/nous".

Chercher l’équilibre en dessin ressemble à faire du rappel sur un bateau à voile : ça consiste à se positionner juste au bon endroit, en équilibre, pour faire contre poids avec le vent. Ainsi le dériveur avance au plus vite, avec le risque de tomber à l’eau. C’est aussi un peu comme quand on cherche à ouvrir une huitre, même si on commence à connaître, on cherche toujours le passage !

Je ne veux pas que ça devienne trop figuratif, je ne veux pas non plus trop en parler. Ce travail est venu de manière très spontanée et je ne veux pas être celui qui y mettra une étiquette.

Je ne sais pas encore comment relier ce travail de gravure à d’autres recherches comme l’igloo en savon, mais je me laisse le temps du travail et de la découverte.

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