L'oeil dans sa poche numéro 16
Portraits de créateurs en Rhône-Alpes
Arts plastiques, Design, Photographie, Céramique, Illustrations, Graphismes,...
 

CHRISTINE PEYRET

artiste textile

CONTACT

8 route de chazoume 43110 Aurec/loire
christine.peyret@gmail.com
www.photo-broderie.com

FORMATION

J’ai une formation d’ingénieur des techniques agricoles et un DESS de gestion des entreprises... Ma formation artistique s’est faite lors de stages avec de grands noms du textile, des américains, des canadiens, des anglais...

INFLUENCES

Nancy Crow, qui m’a ouvert les yeux sur la nécessité de faire un travail en série ; j’ai compris que c’était la clé et ça m’a donné du courage...

Mickael James qui aborde les techniques informatiques assez tabou dans ce milieu ; je les pratiquais déjà sans savoir si j’en avais vraiment le droit. Le fait qu’il s’y intéresse m’a rassurée ... A la fin d’un stage, il a posé une question qui m’a bouleversée : il nous avait montré des travaux d’artistes qu’il avait envie de nous faire connaitre, et puis il nous a dit : « j’aimerais que vous réfléchissiez à ce que vous pouvez faire pour l’art », j’ai trouvé ça très fort !

 

PARCOURS

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J’ai toujours pratiqué le textile, différentes formes de textile. J’ai commencé par le tissage, la tapisserie basse-lisse et puis, quand je n’ai plus eu la place d’avoir un métier à tisser à la maison, je suis passée à la broderie.

Il s’agissait à l’époque d’une broderie à la main. Ensuite, le patchwork contemporain est arrivé en France.

Des expos vraiment passionnantes m’ont permis de m’exprimer en plus grand. A partir de là, j’ai fait des concours et des expositions dans le monde entier.

Puis les techniques ont évolué.

J’ai découvert, à peu près en l’an 2000, la possibilité de faire une broderie mécanique avec une machine qui brode toute seule et qu’on commande à partir d’un ordinateur...

Ma formation scientifique se retrouve là ; j’ai aimé pouvoir marier les deux aspects, l’aspect technique, technologique, froid et puis les tissus et les fils que j’aimais beaucoup...

 

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Ma source d’inspiration est autobiographique, je puise toujours dans ma vie ou dans l’actualité, celle qui me touche.

J’aime beaucoup raconter des histoires, mais des histoires vraies.

Mon travail peut être gai ! Par exemple, j’ai réalisé tout un ensemble, "Dernières nouvelles du bonheur », où je représentais des visages souriants, les visages de mes amis.

J’avais brodé des phrases qui évoquaient de bons souvenirs personnels.

Les gens qui regardent ce travail ont les mêmes bons souvenirs, à quelque chose près.

Ce n’est pas parce que me vie est extraordinaire que je parle de ma vie, c’est parce que tout le monde peut s’y reconnaitre...

 

ÉTAPES DE TRAVAIL

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Je pars d’une photographie, l’image est déjà constituée ; je ne vais pas chercher à la rendre belle, le but est de la broder... J’essaie d’anticiper le fait que je n’ai que 15 fils, par exemple, et non pas les millions de couleurs de l’écran : donc je simplifie mon image avant de la broder pour qu’elle soit plus lisible...

Ces étapes sont nécessitées par le traitement violent qu’est la broderie ; il faut exagérer l’image pour pouvoir la broder.

Les couches vont se mélanger entre elles. Là, les fils se sont superposés, alors que dans l’image Photoshop les contours sont beaucoup plus nets ... J’arrive maintenant à peu près à savoir comment parler à mon logiciel de broderie pour obtenir ce que je veux...

J’ai un nuage de points qui définit toutes les couleurs présentes dans mon image : le point central est vraiment ce qui va du blanc au noir, c’est la partie le plus neutre ; là, je vais avoir plus de fils à mobiliser mais les modelés seront meilleurs.

J’effectue ensuite d’autres réglages, par exemple, je vais abaisser les densités du noir pour que la broderie ne soit pas trop raide. Je peux jouer toute la soirée jusqu’à trouver les meilleurs paramètres !

A partir de là, je vais sortir un fichier, une disquette que j’insère dans la machine, et elle brode toute seule.

Quand j’ai terminé le calcul à l’ordinateur, à moi de choisir les fils, les bons fils.

 

PRODUCTION

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Un jour, dans une exposition, quelqu’un m’a dit : « votre travail sur l’écriture, la mémoire... Il faut en parler à Christian Boltanski ! »

J’ai voulu faire une œuvre pour attirer son attention : j’ai envoyé des lettres à son nom à toutes mes anciennes adresses. Evidemment, elles me sont toutes revenues avec la mention « inconnu à l’adresse indiquée », avec des coups de tampons, des retours à l’envoyeur, des choses très belles !

J’ai brodé ces enveloppes en beaucoup plus grand, j’ai photographié tout ce travail et j’ai fait une enveloppe avec le même principe mais, cette fois-ci avec l’adresse de Christian boltanski... Il m’a répondu la veille de mon départ en Lituanie où j’ai exposé ce travail.

Quand je l’ai rencontré, Christian Boltanski m’a dit : « l’art ne sera jamais plus émouvant que la vie », une phrase qui m’a fait réfléchir ; mais j’ai continué à broder, j’ai continué à faire de l’art...

 

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Le grand projet qui m’a occupée ces deux dernières années parle de la guerre d’Algérie. Le sujet était tellement fort que j’ai pris le parti de me mettre en retrait en restant fidèle aux photos d’origine ; j’ai fait un choix d’images, de sujet, j’ai donné une orientation à cet ensemble, mais, plastiquement, je suis restée dans l’hyper-réalisme et ça, c’est un renoncement.,

Broder la guerre parce que c’est universel, un sujet récurrent chez moi, j’ai brodé la guerre d’Algérie à fond, à fond.. à partir de recherches historiques. Ce n’est pas uniquement un parcours esthétique, c’est de l’art engagé et je l’assume tout à fait comme tel.

Au fur et à mesure que je me colletais avec des photos, des archives, militaires, journalistiques ou familiales, j’ai ressenti le besoin de m’appuyer sur une démarche, de faire un livre.

Je voulais que ce travail ne soit pas seulement des panneaux avec des images présentées sans contexte. J’ai eu la chance de faire ce livre avec le soutien de Benjamin Stora, un historien spécialiste de la période, et de le faire éditer par les Editions du Roure ;

Faire ce livre m’a permis de savoir que j’étais arrivée au bout de mon travail, sinon j’aurais pu continuer encore des années !

J’ai pu écrire toutes les réflexions qui me sont venues pendant ces deux ans : les rencontres, toutes les questions qui se sont posées, les surprises que j’ai eues en cherchant des images, celles que je n’ai pas pu trouver...Dans le livre,on voit que des choses ont été occultées, d’où le titre « Traverser sans la voir ».

 

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Je me pose beaucoup de questions sur tout ce que l’ont peut enlever.

Par exemple dans le cas du portrait, qui est, je crois, le sujet qui me passionne le plus, j’aimerais bien savoir jusqu’où je peux aller.

Je me demande si l’on reconnaitra encore le personnage, s’il y aura encore l’âme du personnage, quand j’aurais enlevé, enlevé, et qu’il ne restera plus que quelques lignes..

Il y a encore du travail, c’est ça le challenge, aller à l’essentiel ; c’est pour ça que je ne peux pas arrêter de chercher, je suis obligée de continuer à broder !

J’ai très envie de mettre en pratique toutes les idées que j’ai mises de côté, de voir l’effet sur la broderie de matériaux inhabituels, de mélanger des matières ou des techniques comme la broderie et la peinture.

J’ai envie de voir ce que donne la broderie sur des matériaux transparents, sur des supports solubles comme la pulpe de papier. J’ai fait quelques petits essais avec le moulin richard de bas.

Cette année, plusieurs expositions vont m’entraîner loin de mon atelier : ma série sur la guerre d’Algérie sera vue en plusieurs lieux en France, au Québec et même en Algérie. J’ai aussi la chance de participer à des expositions en hommage à Thomas Gleb, à Paris puis à Angers.

  •  CHRISTINE PEYRET - artiste textile
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