L'oeil dans sa poche numéro 08
Portraits de créateurs en Rhône-Alpes
Arts plastiques, Design, Photographie, Céramique, Illustrations, Graphismes,...
 

CHRISTOPHE DELESTANG

artiste

CONTACT

tel : 06 76 96 85 61
mail : christophe.delestang@free.fr
site : http://www.christophe-delestang.fr

FORMATION

École des Beaux-arts de Saint-Étienne

INFLUENCES

Je vais très peu dans les musées. Ce qui m’intéresse dans l’art contemporain, c’est d’en faire.
Ce qui nourrit mon travail est l’alchimie, la psychanalyse, le travail d’artistes comme Erik Dietman et surtout Gasiorovski dont les derniers tableaux nous ramènent à Lascaux et aux grottes primitives.
L’art me nourrit peu, ou pas plus en tout les cas que les rencontres, la musique, une phrase d’un livre, un paysage....

 

MON PARCOURS

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A ma sortie de l’école des Beaux-arts, je me suis consacré uniquement à mon art. Mais, ça n’a pas été une réussite, mon travail manquait de maturité.

Je n’ai jamais arrêté de travailler artistiquement. Ce qui a enrichi cette pratique artistique a été le fait de travailler dans une maison de retraite. Le rapport humain m’intéressait.

J’ai fait une formation d’aide soignant qui m’a permis d’intégrer une clinique psychiatrique. J’ai continué à réfléchir à ces questions de thérapie et de psychanalyse qui m’intéressaient déjà à titre personnel.

Coincé dans l’atelier, on risque d’être redondant, on finit par faire de l’art qui ne parle que d’art. Or, pour moi, l’art doit se nourrir de la vie.

Les musées actuels sont remplis de références à des références, alors que les "classiques" se sont inspirés de leur époque, même s’ils ont aussi emprunté à ceux qui les ont précédés. On peut relire l’histoire à travers les œuvres d’art parce qu’elles portent un regard sur leur époque et non seulement sur l’art de leur époque.

L’art d’aujourd’hui, dans l’ensemble, est plutôt le symptôme de son époque.
L’artiste a acquis un statut "hors société".
Le fait que l’artiste parle de lui-même est devenu une évidence.

 

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Je suis dans l’intention de me placer, non pas hors du temps mais dans ce que j’appelle l’immanence, c’est-à-dire plutôt dans l’éternité du temps présent.

Quand une œuvre d’art est réussie, elle est à la fois complètement de son temps, et elle s’inscrit dans une sorte de "présent du temps".

Je travaille beaucoup en ce moment avec des matériaux qui sont en train de disparaître, qui ne sont plus fabriqués, comme le papier carbone qui m’évoque le carbone 14, le travail de la mémoire, le charbon, la terre... J’aime utiliser des techniques désuètes.

J’aime que mon travail ne soit pas le résultat d’une dextérité technique, je suis tout le temps dans la recherche de ma manière de faire.

Je ne sais pas dessiner de manière classique, je suis un bidouilleur de la technique et c’est comme ça que j’invente des manières de produire. Je pressens que je vais avoir à parler de quelque chose et je cherche quel matériaux me permettra de dire cette chose là.

Il y a plein de moments dans le temps du travail où "c’est presque ça" mais "pas encore tout à fait". Du coup, tout le travail consiste à affiner petit à petit jusqu’à trouver.

Ce qui fait l’équilibre d’un tableau est justement qu’il ne l’est pas. Il faut que le tableau cherche son équilibre et se récupère lui-même pour qu’il soit réussi. S’il n’y a pas ce mouvement, le tableau est figé, il n’est pas vivant.

 

ÉTAPES DE TRAVAIL

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Je dessine au brou de noix pour de nombreuses raisons : le brou de noix vient d’un fruit, la forme du fruit fait penser à un cerveau, la couleur marron renvoie à l’humus alchimique.

Je pose quelques éléments sur la feuille puis je suis la logique du dessin.

Je ne porte pas trop d’attention à ce que je représente.

Je ne suis pas en train de réaliser une image que j’avais en tête.

Au bout d’un moment, je m’arrête, je vais chercher le pinceau et je passe le dessin à l’eau.

Le brou de noix organise tout en mêlant l’ensemble.
C’est l’eau qui finit le dessin et qui amène des surprises.

 

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Mon travail paraît intellectuel quand j’en parle alors qu’ il est de plus en plus guidé par le sensible.
Je sais le disséquer et me rendre compte du processus de pensée qui a amené ce résultat formel.

De nombreux liens existent entre ces intuitions sensibles et la signification de mon travail.

J’ai travaillé sur le thème des îles et, un jour, en rêve, j’ai vu le mot "ÎLE" écrit "HYLE" qui signifie en anatomie une surface intermédiaire, un entre-deux. En grec,"HYLE" signifie la matière première, l’humus primitif, en latin, c’est le bois mais aussi la forêt, un endroit ombrageux d’où peut émerger plein de choses etc...

Je m’intéresse à la façon dont la psychanalyse comprend les mots et quand je vais voir ce que représente le langage en alchimie, je découvre à nouveau des liens.

Transformer le plomb en or ressemble beaucoup à la manière dont la psychanalyse prend nos névroses pour les transformer en qualités.

Ces processus de transformations de l’individu sont présents dans mon travail mais pas de manière scientifique, j’essaie de les étudier de façon ludique. Si je commence à m’ennuyer dans ce que je fais, j’essaie de comprendre pourquoi et je m’arrête.

Si je ne m’amuse pas, c’est que je ne suis pas dans le jeu et peut-être pas non plus dans le "je".

 

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J’ai un rapport à la mort pas du tout morbide mais très présent et plutôt vivifiant.

En arrivant à Madagascar, j’ai retrouvé ce lien très fort. Ils pratiquent le retournement des morts, un rituel qui permet, en nettoyant les ossements des personnes déjà mortes, de faire à nouveau le deuil de la personne. Celle-ci peut à ce moment devenir un ancêtre protecteur.

Je voulais qu’il y ait à la fois des ossements et des organes pour être dans cet entre-deux qui correspond au travail de retournement des morts, dans ce travail de deuil.

J’utilise un livre de dessin d’anatomie, qui est déjà un travail artistique et une mise à distance du corps humain. Je choisis les images qui me plaisent, je les redessine avec le papier carbone.

Je voulais qu’à la fin de ce retournement, il y ait des fleurs.
Mais, ça n’a pas fonctionné tout de suite.
Je me suis rendu compte que le verso des fleurs m’intéressait plus. Je dessine maintenant des deux côtés pour que les fleurs n’aient pas le même statut que le dessin d’anatomie, pour qu’elles soient plus évanescentes.

Ces travaux ne sont pas du tout macabres pour moi, ils évoquent au contraire la pulsion de vie. Il y a un certain fantasme d’une vie sans souffrance alors que la souffrance est le pendant des joies et du plaisir.

 

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Je travaille par série, j’aime l’idée de rapport entre les choses, de liens et en même temps d’individuation.

La série permet de parler différemment de la même chose. C’est comme si je proposais un objet vu sous plusieurs angles pour qu’à la fois ce soit juste et que ce ne soit pas qu’une seule vérité.

Le temps comme ingrédient du travail, comme élément formel du travail est très important.

J’ai bientôt 40 ans, je ne sais pas si je ferais une carrière artistique, si mon travail sera connu ou reconnu, mais ça m’est un peu égal. Avoir l’art dans sa vie est déjà une chance. J’ai envie de réussir à rendre visible et à partager mon travail, pour la capacité de l’art à proposer des espaces de rencontres .

Si tu te mets à dessiner sur un coin de table, au bout d’un moment, quelqu’un vient discuter avec toi, même si c’est moins efficace qu’une guitare !

Mon travail parle de mieux en mieux de ce que je cherche, à savoir l’entre-deux, qu’on pourrait aussi appeler l’homme. Le centre de l’homme est à sa périphérie.

Le plus agréable dans mon travail est de ne pas savoir où il va mais de savoir que c’est là que j’ ai envie d’aller.

Le plus contraignant sont les démarches à faire pour faire connaître son travail auprès des institutions.

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