L'oeil dans sa poche numéro 14
Portraits de créateurs en Rhône-Alpes
Arts plastiques, Design, Photographie, Céramique, Illustrations, Graphismes,...
 

FRANCINE TRIBOULET

céramiste

CONTACT

Le Carré d’Atelier
hameau de "la Chassagne"
69620 Sainte-Paule
France
+033 (0)6 30 90 17 38
ft@lecarredatelier.fr
http:// www.lecarredatelier.fr/

FORMATION

École d’arts appliqués Duperré, Paris
Stages chez les céramistes J-Nicolas Gérard, Marie Verlet, Sandy Brown....

INFLUENCES

Miro, Calder pour le rapport au fil et à l’équilibre dans mes décors. Je vais régulièrement à Paris voir des expositions, en particulier le musée d’art brut et certaines librairies...

 

MON PARCOURS

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Après un lycée Arts Appliqués, je ne voulais pas m’orienter exclusivement dans un des quatre domaines des arts appliqués, architecture, design, stylisme ou communication. En cherchant un peu, j’ai trouvé un diplôme des métiers d’arts en céramique alors que je n’y connaissais rien.

L’idée du matériau me charmait un peu.

J’ai fait deux ans à Paris, à l’école d’Arts appliqués Duperré et j’ai complété ma formation par des stages chez des céramistes pendant un an et demi.

C’est vraiment pendant ces stages que j’ai le plus appris, c’’étais très formateur à tous les niveaux, même au delà de la technique. Il ne s’agit pas seulement d’apprendre comment on cuit quoi, on apprend aussi une certaine façon de parler de son travail, une façon de vivre.

En céramique, on est vraiment tributaire du temps qui passe et du temps qu’il fait.

De ma formation d’arts appliqués, j’ai gardé la façon de réfléchir à un objet, je recherche la cohérence entre la forme et la fonction.

Je suis attentive à la préemption sur les tasses, les becs des pichets doivent bien verser.... Ce n’est pas parce que c’est de l’artisanat que ça doit être bancal !

 

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J’aime tourner et travailler "à la plaque", j’aime bien que ces deux techniques se rencontrent sur un même objet.

Trouver le bon galbe en tournant un bol est assez simple, ce qui est plus difficile est de gérer les objets qui ont plusieurs parties, au bout d’un moment, il y a trop d’informations.

Par hasard, la majorité de mes maitres de stages décoraient la terre à l’état cru. J’ai adoré ce rapport à la terre crue, elle a une texture de chocolat, c’est sensuel.

Le meilleur moment est le moment où on grave et qu’on arrive à rentrer dans la terre, il y a un côté moelleux, ça m’évoque le fait de se régaler avec un dessert !!

J’adore cette sensation alors que travailler la terre biscuitée (cuite une première fois) ne m’est pas très agréable. L’émaillage n’est pas la partie que je préfère.... Peut-être que j’y viendrais, les émaux satinés m’attirent, j’ai amorcé quelques recherches qui restent en attente aujourd’hui. On ne peut pas tout faire de front...

Si on doit faire du design et créer des objets, il y a des matériaux beaucoup plus simples que la céramique !

La Porcelaine de "designer" est souvent assez restreinte, les possibilités de couleurs et de matières ne sont pas très exploitées, alors que la génération des jeunes céramistes travaille dans plein de directions différentes.

 

ÉTAPES DE TRAVAIL

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J’utilise la technique de la terre vernissée qui consiste à dessiner le décor sur la terre crue.

Je recouvre mes pièces en grès ocre d’un mélange liquide de terre blanche et de porcelaine qu’on appelle un engobe.

Quand l’engobe est sec, je grave à l’aiguille pour faire apparaître la terre plus foncé qui est dessous.

J’ajoute des petites touches de couleurs, au pinceau.

Ensuite, je fais cuire la pièce une première fois, on appelle cette cuisson le biscuit.

Puis, j’émaille la pièce avec un émail brillant transparent que je fabrique moi-même.

La terre vernissée est traditionnellement une technique utilisée sur la faïence, je l’applique ici à des terres de hautes températures. Je cherchais une terre plus résistante, comme le grès.

Je préfère travailler des terres de carrières, des argiles qui proviennent du sol et qui ne sont pas recomposées. J’ai été sensibilisée à cette question du choix de la terre par mes maitres de stage.

 

PRODUCTION

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J’ai l’impression d’être en recherche permanente, j’ai rarement un décor sous les yeux en me disant :"c’est ça que je veux faire", le décor est toujours sur la route du suivant.

Si on mettait les pièces les unes à côté des autres, on verrait une sorte de chemin de décors qui évoluent, qui se déclinent et qui, petit-à-petit mutent.

Le sucrier est arrivé tout seul. Mon maître de stage m’avait demandé de faire un sucrier pour l’atelier. J’ai commencé par faire une boîte, un pot avec couvercle, mais ça ne me disait absolument rien. J’ai continué, en tournant un cylindre, qui, pincé, donnait naissance au berlingot.

Au début, il avait un couvercle qui tombait tout le temps. Aujourd’hui, je pense qu’il a trouvé sa forme, il fonctionne au niveau de l’ergonomie et du remplissage par le fond. Il y a une empreinte de doigts de chaque côté pour que la main ne glisse pas sur l’émail.

Ce qui m’intéresse est le fait que les gens se posent des questions devant l’objet.

Pas forcément sur la façon dont l’objet peut être fait dans l’atelier mais simplement le fait de ne pas reconnaître tout de suite un objet et de pouvoir se dire : " pourquoi pas, si ça fonctionne..."

J’aime que l’objet bouscule l’esthétique familière.

 

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Je fais des croquis pour les pièces compliquées comme les théières, les pichets ou les égouttoirs à couverts.

L’égouttoir à couvert est un vrai casse tête, je l’ai conçu dans un sens et il faut que je le construise dans un autre à cause du problème d’affaissement et de déformation pendant la cuisson. J’aime aussi son côté architectural.

J’ai l’impression qu’il faut faire attention à la façon dont on fait parler la matière, il ne faut pas en faire trop, sans pour autant produire quelque chose de complètement aseptisé.

Pour fabriquer mes plats, je ne coupe plus les plaques de terre au couteau par exemple. Il faut qu’il y ait un dialogue avec la matière, que je réussisse à l’emmener où je veux et que, parfois ce soit elle qui m’entraine ailleurs.

Trop de maîtrise donne un côté maladroit. Il y a un équilibre à tenir, je me sens comme un funambule qui est sur son fil et qui doit oublier le vide pour aller de l’autre côté. Je ne fais pas exprès de faire ce ceci ou cela mais je le fais avec les outils que j’ai, sans chercher à forcer le trait.

Je trouve intéressant de reprendre des formes traditionnelles comme le bol à oreille ou des formes d’objets manufacturés comme le verre à pans et de les traiter avec cette technique.

J’ai plein d’envies, même s’il est important de garder une ligne pour communiquer sur son travail, il faut des messages vraiment clairs, aller dans plusieurs directions peut paraître déroutant.

 

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Mettre au point une pièce est un travail tellement long ! Pour les tabourets, il y a en qui fendent au séchage, d’autres à la cuisson, il faut toujours essayer de faire les choses autrement.... Et, en même temps, on doit produire, être présent sur les salons.

Si le socle blanc met souvent en valeur une pièce, je ne suis pas pour cette façon exclusive de présenter la pièce et je revendique l’objet du quotidien.

Je veux désacraliser l’objet, il s’agit plus d’objet affectif. J’apprécie que l’objet, qu’on a un peu peur de casser, devienne une occasion de prendre son temps, d’être attentif à ses envies.

Le terme artisanat est un peu en mauvais état, on imagine souvent des choses assez terribles derrière ce mot alors qu’il a un sens très noble de savoir faire.

Je me sens un peu proche de l’art contemporain même si je pense que l’art contemporain ne s’estimerait pas proche de moi ! L’art contemporain est parfois une grosse blague à mon sens...

Je fais des objets contemporains. Je préfère le terme de « céramique » à celui de « poterie » qui évoque quelque chose de connu alors que la céramique aiguise davantage la curiosité.

Communiquer sur sa production fait partie intégrante du travail. Faire un objet dans son atelier, c’est bien, mais réussir à le faire partager c’est mieux.

  • FRANCINE TRIBOULET - céramiste
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