L'oeil dans sa poche numéro 11
Portraits de créateurs en Rhône-Alpes
Arts plastiques, Design, Photographie, Céramique, Illustrations, Graphismes,...
 

GéRALDINE TRUBERT

scénographe, plasticienne

CONTACT

http://geraldinetrubert.com/
geraldine.trubert@yahoo.fr

FORMATION

École des Arts Décoratifs de Strasbourg

INFLUENCES

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Je suis influencée par mes voyages, en particulier en Écosse et dans les îles du Nord de l’Europe. Je fais le tour de l’île en marchant sur "le bord du bord"… Je suis imprégnée de ces voyages sans avoir besoin de faire des photos ou des carnets de voyages.

Je me nourris aussi de littérature. Des auteurs comme Marguerite Duras m’ont beaucoup marqué dans le rapport au lieu, dans la manière de raconter une tension par la pluie, les silences, par tout ce qu’il y a autour des personnages et non pas par ce qu’ils sont. Je peux aussi être très touchée par la danse.

 

MON PARCOURS

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J’ai suivi la section "scénographie" de l’ École des Arts Décoratifs de Strasbourg. J’ai toujours dessiné, la scénographie était un moyen de faire « en vrai » ce que je mettais sur le papier. Comme tout est possible en dessin, j’avais envie de croire que je pouvais faire la même chose dans l’espace.

Le fait d’être en petit groupe à l’école favorisait la prise de parole et le débat, c’est vraiment là que j’ai appris à nommer les choses, ce qui est incontournable. En même temps, je suis persuadée que tout ne s’explique pas, et qu’il ne faut surtout pas tout expliquer.

En tant que plasticiens, nous sommes des créateurs d’images, il ne faut pas parler à la place de notre travail, le travail est là avant toute chose.

En sortant de l’école, j’ai réalisé des scénographies pour le théâtre et des installations dans le paysage. J’allais beaucoup au théâtre ; j’ai écrit aux personnes dont j’avais apprécié le travail en demandant à travailler avec eux.

C’est ainsi que j’ai travaillé pendant trois ans pour les rencontres artistiques de Haute Corse, où se constituent des projets théâtraux en milieu naturel. On montait une douzaine d’ateliers par an avec des comédiens en formation. Ce grand nombre de projets impliquait une rapidité de conception, un travail intuitif.

 

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Travailler en extérieur était très formateur. Nous étions confrontés à des contraintes très différentes de celles qu’on nous enseigne à l’école. C’est une expérience de terrain vraiment enrichissante. Il faut être très réactif, le décor peut disparaître parce qu’il y a une tempête le jour de la première représentation...

Le travail consistait d’abord à chercher des lieux dans la vallée qui puissent correspondre aux envies du metteur en scène, parfois il fallait rajouter beaucoup de choses, parfois pas. Parfois, il fallait juste placer le spectateur d’une certaine façon pour qu’il ait une vue particulière en arrière plan.

Composer avec un lieu consiste souvent à ajouter quelques ponctuations qui viennent aider à raconter l’histoire.

Nous pouvions aussi reconstituer une espèce de salle pour les projets qui en avaient besoin. Cet éventail de situations et le fait d’être entourée de personnes très expérimentées m’ont beaucoup appris.

Ensuite, j’ai fait ma première résidence d’artiste au Congo Kinshasa, dans le cadre d’ un partenariat entre l’école de Strasbourg et l’Académie des Beaux-Arts. J’ai consacré les quatre mois de cette résidence au dessin. J’ai fait un portrait de la ville au travers de personnages de fiction qui la racontaient.

Je me concentre encore plus sur le dessin depuis un an, j’ai envie de montrer mon travail autour du paysage, ce qui est nouveau.

C’est important d’alterner les contextes de travail qui convoquent de nouveaux propos.

 

HISTOIRE D’UN DESSIN
FENÊTRES SUR PROMENADE

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J’ai connu par hasard l’ Atelier-Galerie Demange Fénéon Fricaud, architectes à Lyon. Ils cherchaient des artistes, je cherchais un lieu pour montrer ce que je faisais dans cette ville où j’arrivais. Ils m’ont dit que le mur était à ma disposition, j’ai eu envie de dessiner sur le mur. C’était ma première expérience de dessin "in situ".

Le fait de dessiner directement un paysage sur le mur d’un cabinet d’architecte revenait à introduire du naturel dans une maison. Cette idée me faisait penser aux friches, aux espaces délaissés en ville, au fait que la nature "reprenne le dessus", même si ces idées ne sont présentes que de façon métaphorique.

Ce qui m’intéressait était que les gens puissent voir, de l’extérieur, un paysage à l’intérieur.

Au départ, je pensais dessiner les deux premières semaines et laisser le mur en exposition. Finalement, j’avais tellement envie de faire que, dès la première semaine, j’ai décidé de travailler tous les jours.

Tous les jours, c’était une nouvelle proposition, il ne s’agissait pas d’une évolution du dessin mais d’une performance.

Je mettais parfois autant de coups de crayon que de coups de gomme. A la fin, il y avait plus de coups de gommes, ce qui donnait un aspect un peu archéologique au projet, comme si, en gommant, je cherchais les premiers traits que j’avais pu faire.

 

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J’ai confié la réalisation des photographies de "Fenêtres sur paysages" à David Desaleux dont les photographies de paysages m’ont touchée.

Je travaillais entre deux et cinq heures par jours.
C’était parfois très physique de faire des grands gestes pour couvrir six mètres, ça devenait un peu de la danse…

J’ai proposé, à la place du vernissage, trois rendez-vous publics, une fois par mois, trois « points de vues », pour que les gens voient ce que j’avais expérimenté.

Le fait que je propose des « points de vues » sur un dessin éphémère est très lié à ma pratique de scénographie : je suis à l’aise avec le fait de regarder à un moment donné quelque chose qui n’existera plus après. Chacun y voit ce qu’il veut.

La façon dont ce projet s’est déroulé correspond bien à ma façon d’occuper les lieux. Je ne suis pas quelqu’un qui a une pratique continue, je ne dessine pas « dans l’absolu ».

Je produis parce que je créer des contextes. Du coup, chaque travail est relatif à un lieu.
Le travail consiste à être là, à exister dans le lieu, laisser des traces, des strates.

Ce travail de dessin s’approche de la contemplation, c’est un travail très lent, très progressif, comme une errance. Je commence et je termine de façon intuitive.

 

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Il existe une multitude de qualités de fusains avec des noirs plus ou moins chauds ou froids, ce qui me permet de faire des variations, non pas de couleurs mais de "températures de noirs"…

Je dessine un peu à la façon d’un révélateur en photographie, je travaille un peu partout en même temps et au bout d’un moment, le dessin apparaît.

Le fait que le mur fasse six mètres de long et que l’on n’ait que deux mètres de recul faisait qu’on était toujours "dedans". On ne voyait pas ce dessin comme une image, ce qui a été très fort, pendant que je le faisais et quand les spectateurs l’ont vu.

On ne voyait jamais le dessin dans sa totalité. Si on voulait voir les six mètres, il fallait se déplacer et être dans un rapport de promenade, dans un rapport physique à ce que l’on est en train de regarder.

Cette expérience chez les architectes a été une expérience artistiquement très forte.
Juste après, j’ai eu une commande d’une fresque murale définitive pour une entreprise. Il s’agissait de proposer un paysage au fusain sur un mur en vis à vis d’une verrière. Cette configuration m’a donné envie de jouer avec la lumière et de graver le mur.

La continuité du geste quand on dessine, c’est de graver.

Je l’ai fait encore un peu timidement mais l’étape suivante consisterait à graver le mur à la perceuse ! Du coup, je fais des essais de gravures sur lino en ce moment.

 

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Au fur et à mesure du travail, je passais des endroits du dessin au fixatif pour pouvoir gommer autour et conserver un fragment du dessin, comme un polaroïd.

Quand j’avais fini de dessiner chez les architectes, je dessinais dans l’atelier sur des polyptyques, en grands ou en petits formats. Je fonctionne beaucoup par série, j’en fais plein, plein, plein jusqu’à ce qu’il ne se passe plus rien…

"Écume" est une série qui a démarré avant le projet "Fenêtres sur paysages" mais qui est toujours en cours.

L’idée de cette installation est de faire de la peinture dans le paysage, de révéler un endroit particulier d’un verger ou d’un fond de pré par une mise en couleur.

C’est un travail de tissage qui doit être vu de loin, sans forcément savoir qu’il s’agit de tissage.

Je cherche à ce que mon intervention produise une vapeur colorée, comme une rosée qui est juste là pour troubler un peu ce qu’on voit tout les jours, sans être spectaculaire.

Je me rends compte aujourd’hui que ma pratique de dessin et ma pratique d’espace sont " en aller/retour" permanent. Quand je dessine, je dessine les espaces que je voudrais construire et quand je fais une scénographie, je choisi un lieu pour sa géographie et sa géométrie, puis, je dessine des lignes en trois dimensions dans l’espace.

J’ai le même geste sur une feuille et dans l’espace, je tire des lignes, je crée des plans.

  • GéRALDINE TRUBERT - scénographe, plasticienne
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