L'oeil dans sa poche numéro 12
Portraits de créateurs en Rhône-Alpes
Arts plastiques, Design, Photographie, Céramique, Illustrations, Graphismes,...
 

NATHALIE CHARMOT

Créatrice

CONTACT

19 rue Saint Jean, 42000 Saint-Etienne, 04 77 41 02 87
nathalie.charmot@free.fr

FORMATION

École des Beaux-Arts de Grenoble et Saint-Étienne
Atelier-musée du chapeau de Chazelles sur Lyon

INFLUENCES

La culture japonaise est une influence importante et très ancienne, d’abord avec le cinéma, la littérature ... Mon fantasme nippon s’est déployé jusqu’à mon premier voyage ; j’ai découvert que ce rêve correspondait bien à une réalité « sensible » rencontrée là-bas ; j’adore être au japon, il y a une sorte d’évidence.

Autres influences : l’univers enchanté des films de Jaques Demy, sa façon d’utiliser la couleur, et aussi la lecture, la poésie contemporaine, le haïku, des artistes comme Giuseppe Penone, Andy Goldsworthy, Sophie Calle, le créateur de vêtements Martin Margiela qui réfléchit autour du système de la mode à la manière d’un plasticien ; par exemple, il a fait défiler ses mannequins avec des collants qui masquent leurs visages en réaction au phénomène des top modèles pour redonner la première place au travail, je l’admire beaucoup.

 

MON PARCOURS

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Après mes études aux Beaux-Arts, j’ai commencé à créer des costumes pour le spectacle.

Au moment où mes chapeaux sont apparus, j’ai senti qu’on me poussait dans ce sens ; ils m’ont ramenée vers la sculpture parce que pendant ma première année à l’école de Grenoble je me prenais un peu pour Camille Claudel...

Peut-être qu’avec le chapeau, je me suis sentie comme un sculpteur qui fabriquerait un objet utile ; je n’assumais pas d’être artiste, de faire des choses qui ne servirait à rien et finalement je créé des espèces de coiffes-sculptures complètement importables !

La première fois, c’était pour une exposition à Séville avec des designers : que faire ? Suspendre des coiffes-chevelures au-dessus de leurs meubles, comme des lampes !

 

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Le travail avec des fils, de la ficelle ou de l’élastique, est quelque chose d’essentiel dans ma création plastique, le retour au graphisme d’une certaine façon.

Je dessine mes chapeaux avant ou après les avoir fabriqué, peu importe, le dessin est une étape du travail qui me permet de voir comment je vais pouvoir décliner une figure, et si j’ai du mal à savoir à quel moment un chapeau doit finir, je pars du principe que le volume s’achève quand la matière est épuisée ; alors je ne coupe pas, je laisse la bobine se dévider jusqu’à son terme ...

Même chose si je travaille avec des rubans, ou avec des chutes de tissus, pas de re-coupe, juste la forme aléatoire des chutes.

J’aime énormément le côté répétitif et méditatif du geste.

Je peux passer des heures à entortiller ma ficelle autour d’un fil de fer pour l’armaturer. Ma rêverie commence, l’objet se crée au fil de ma rêverie, l’accumulation de gestes identiques m’enivre...

De la même façon, quand je conçois des scénographies pour le spectacle, il y a souvent un même élément qui se répète, module l’espace : 4 kms de fils tendus sur poulies entre arbres et terre pour « my » à la Bastie d’Urfé, 12 portes-écran dans « Kaï dan ».

« Kaï dan », mon dernier projet, était l’adaptation de contes fantastiques japonais, une idée que j’imaginais depuis très longtemps ; la recherche d’histoires, d’éléments d’inspiration au japon, la création de l’univers plastique, des costumes, la fabrication, les répétitions avec l’équipe m’ont mobilisée presque 2 ans.

Aujourd’hui j’ai décidé de me recentrer sur un travail plus intime

 

ÉTAPES DE TRAVAIL

Confection d’une lampe :

Je commence par créer un volume avec ma ficelle armée, je cherche la forme, je dessine des volutes que je fixe avec des épingles.

Quand la forme est là, je couds les points de jonction pour la fixer.

Je plie des grues ; la grue est le pliage préféré des japonais, le plus traditionnel, celui qu’apprennent les enfants à l’école pour développer la souplesse de leurs doigts ...

Lors de mon premier séjour au japon, la personne chez qui je logeais m’a offert un thé et une feuille de papier-origami ; nous avons plié une grue ensemble, c’était un moment doux et fort, une façon de faire connaissance. Il existe une multitude d’autres formes en origami mais je reviens toujours à celle-ci, elle me semble parfaite.

Je suspends les oiseaux de papier sur ma structure de fil.

J’essaie de les positionner comme si c’était le hasard qui l’avait fait, de façon irrégulière, aléatoire, de ne pas prévoir mes longueurs de fil pour que les grues volent à des hauteurs différentes ; alors, parfois, je ferme un peu les yeux pour ne pas être influencée par les couleurs des origamis déjà en suspension.

 

PRODUCTION

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Il y a quelques temps, j’ai fait une coiffe en dé à coudre, piquée de roseaux-mikado pour une tête en porc-épic .

Ce chapeau est devenu une lampe ; j’ai élagué la plantation de mikados et des grues se balancent au bout de leurs tiges.

Avec une ampoule à l’intérieur, je crois que les ombres portées vont être étonnantes ; pour l’instant mes lampes sont encore des sculptures que j’aimerais rendre lumineuses, en les éclairant de l’intérieur un peu comme des lanternes magiques qui projettent leur théâtre sur les murs.

J’ai envie de créer des ambiances en ombre et lumière qui envahiraient la pièce à partir de toutes petites choses.

Je ne travaille pas la forme en fonction de la lumière, je construis une sculpture que je vais mettre en lumière et je suis sûre que les surprises de la matière lumineuse seront plus belles que ce que j’avais imaginé.

 

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On m’a dit que mon travail avait à voir avec l’architecture, et ça me fait plaisir parce que l’architecture « en train de se faire », les chantiers, me passionnent depuis toujours.

Mais je pense que c’est parce que mes chapeaux ressemblent à des armatures d’objets en devenir, des structures pleine de vide, qui laissent voir à travers.

Pour mes lampes, l’histoire est un peu différente, elles racontent le textile.

J’utilise de vieux objets chinés ou récupérés, comme des aiguilles à tricoter, des bobines de laine, de fils, qui deviennent les pieds ou les pattes de mes « choses lumineuses », des rubans, des mèches de laine, que je transforme en boutons de fleurs...

J’aime les matériaux dit « pauvres » (les tissus précieux me bloquent), et l’idée du recyclage, même si elle est à la mode.

 

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En construisant mes lampes je me fais des films : j’imagine la course affolée d’une boule de fil rouge attaquée pas un escadron d’aiguilles à tricoter qui vont la transformer en pelote à épingles, ou l’aventure d’un fil qui décide de quitter sa bobine pour vivre sa vie, de partir en vrilles, et d’autres trucs comme ça...

J’avais envie de faire le portrait de mes lampes avec des mots, de demander à des dessinateurs de les mettre sur papier d’après les textes que j’allais leur lire pour voir à quoi ressembleraient les lampes qui allaient naître sous leurs crayons (sûrement très différentes des miennes), pour créer des inter-actions.

Finalement, les « descriptifs » sont devenus de petites histoires ; l’écriture m’embarque, peut-être trop...

J’ai tendance à être un peu éparpillée, à vouloir tout faire, et ma pratique quotidienne de l’écriture, prend de plus en plus de place. L’écriture et les expériences...

Dans mon idéal, la vie devrait être un terrain de jeu au service de la création et de l’écriture, entre autres ..

  • NATHALIE CHARMOT - Créatrice
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