L'oeil dans sa poche numéro 10
Portraits de créateurs en Rhône-Alpes
Arts plastiques, Design, Photographie, Céramique, Illustrations, Graphismes,...
 

NOEMIE PICHON

plasticienne et bijoutière

CONTACT

noemie.pichon@gmail.com
http://www.hirnundherz.tumblr.com/

Atelier et point de vente :
106 montée de la grande côte
Lyon 1er

FORMATION

École des Arts Décoratifs de Strasbourg

INFLUENCES

Je regarde beaucoup de choses très diverses et les stocke dans ma tête pour me faire une banque de données. Parfois, après un moment de gestation, il y a des idées qui surgissent, d’autres fois, quand je suis en manque d’inspiration, j’y creuse afin de trouver quelque chose à exploiter.

J’aime les artistes qui me font rire ; Paul Cox, Franz West, Erwin Wurm...

Je me suis aussi intéressée à l’art brut. La spontanéité des dessins et la façon dont ces gens parlent de leurs créations me fascine.

 

MON PARCOURS

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Après un bac « Lettres et Arts Plastiques », je me suis présentée au concours d’entrée de l’Ecole des Arts Décoratifs de Strasbourg. J’avais toujours rêvé de faire cette école. On m’a laissé ma chance et j’ai pu entrer.

Au départ, je pensais me diriger vers la communication graphique mais au bout de très peu de temps, j’ai ressenti le besoin d’une vie en 3D, de palper des choses, de construire.

Ce besoin de faire des choses en volume m’a amené vers le bijou. Il me semblait assez logique de commencer par s’approprier de petits objets.

Les problématiques du bijou m’intéressaient : je voulais des objets à l’échelle du corps.
Ce sont des objets très personnels, que l’on choisit, que l’on manipule, des grigris avec lesquels on dialogue discrètement en espérant qu’ils révèlent un pouvoir magique. Cette relation au bijou est très instinctive.

Petit à petit, j’ai fait mon chemin en créant des objets que l’on pouvait manipuler et qui avaient souvent une dimension ludique.

Le bijou contemporain est une discipline à part, entre le bijou et la sculpture. J’ai ainsi commencé à m’intéresser à la sculpture.

J’ai fait de plus en plus de recherches qui n’avaient plus rien à voir avec le bijou. J’ai senti progressivement que j’avais besoin de construire et de travailler en grandes dimensions.

 

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Je suis passée de l’atelier "bijou" à l’atelier "métal" et tout a été multiplié par dix : le bruit, la taille des machines, la position de mon corps par rapport à l’objet, la force que je devais déployer…

J’avais une sensation de puissance, de maîtrise de mon sujet. Tout mon corps était impliqué. Ce besoin de passer du petit au grand m’a fait prendre conscience de cette question dominante dans mon travail et m’a permis de construire mon projet de diplôme autour de la notion d’échelle.

J’ai d’abord fabriqué des briques miniatures. Je voulais construire des édifices avec de tous petits éléments, faire du très grand avec du tout petit.

Mais, plus j’en fabriquais, moins je réussissais à me décider passer à la construction. J’ai dessiné les édifices que j’avais dans la tête au feutre brique par brique. Les briques dessinées créent un motif. Au fil du temps, je me suis laissé de plus en plus de liberté dans les formes.
J’ai rencontré un sculpteur qui travaille la brique. Il m’a certifié que je ne pourrais pas construire ces formes. J’ai alors compris ces constructions devaient rester des dessins, que finalement c’est ça qui m’intéressait.

Dans l’espace du dessin, il n’y a pas de gravité pas de contrainte technique, les formes tiennent, qu’on les construise par le haut ou par le milieu, elles ne s’écrouleront jamais.

Par contre, si on essaie de les faire passer dans le monde palpable, tout se casse la figure... Ce projet a abouti sous la forme d’une installation qui présentait un tas de briques miniatures au sol en parallèle aux dessins projetés au mur.

 

ÉTAPES DE TRAVAIL

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Découpe de boucles d’oreilles.

Je commence par dessiner la forme à découper sur du papier autocollant que je colle sur la plaque de métal. Je découpe la forme avec une scie.

A force d’entrainement, on arrive à dessiner avec une scie comme avec un crayon.

Je passe une lime sur les bords pour qu’ils soient bien lisses.

Je perce puis je polis avec différents papiers-émeri pour effacer les rayures, jusqu’à obtenir un effet miroir.

 

PRODUCTION

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Pour les sculptures en plomb, j’ai utilisé une ancienne technique de bijoutier qui consiste à faire des moules en creusant dans des os de seiche. Ce sont des moules en deux parties dans lesquels j’ai coulé du plomb.

Je n’avais aucune idée de l’objet fini, je n’avais pas fait de maquette. J’ai simplement creusé, j’ai travaillé en négatif.

Cette démarche m’a beaucoup plu : partir d’un creux et avoir une surprise en découvrant le résultat à l’ouverture du moule. Il y a toujours des aléas, on ne maîtrise pas tout ce que l’on fait et parfois c’est tant mieux !

Le résultat est très petit et très lourd. Ces objets sont à observer en groupe puis un à un en s’approchant. Ils sont pleins de détails, sur leur surface on voit encore les nervures de l’os de seiche.

Ils sont plus ou moins figuratifs mais rien n’est clairement montré. On peut projeter ce que l’on veut sur ces formes.

Pour l’installation finale, les sculptures en plomb étaient posées au sol. A côté, une aiguille à coudre d’un mètre soixante de long que j’avais forgée. De l’autre, des socles de près de trois mètres de haut présentaient de très petits objets que le spectateur ne pouvait voir qu’en montant sur une mezzanine.

J’ai envie que le spectateur se mettre à quatre pattes ou sur la pointe des pieds. Qu’il regarde mon travail, de très près ou de très loin. Tout est question de point de vue.

 

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Je fais actuellement un exercice de « réappropriation des plombs » en les regardant sur plusieurs faces et en les dessinant en couleur. C’est une manière de voir autrement ce travail qui est maintenant terminé, et une manière d’en faire autre chose.

Il y a eu un autre déclic dans mes études. En cours de dessin, je me sentais dépassée. Je n’arrivais pas à représenter l’ombre et la lumière en noir et blanc.

Un jour, on m’a proposé d’utiliser une boîte entière de crayon de couleurs pour montrer le volume. Dessiner en couleur a changé ma vision de l’espace.

Pour définir ce que je fais, je dirais que veux explorer un univers plus grand que celui très limité de mon établi.

Il y a des situations auxquelles j’ai envie de me confronter, des matériaux aussi, je veux : agrandir, exagérer, minimiser, rapetisser, en faire des tonnes, mettre sous une loupe, rétrécir, raccourcir, enfler, gonfler, grossir, valoriser, dévaloriser, déformer, étirer.

C’est sur ces mots que j’ai envie de jouer, c’est ça que j’ai envie de manipuler, un univers où les échelles sont inversées, où l’espace se tord, où tout se déforme et où l’on remet en question nos repères.

 

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Après mes études, J’ai eu envie de quitter Strasbourg pour ne pas rester dans le même milieu et me confronter à autre chose.

On m’a proposé de partager un atelier avec une vitrine à Lyon. Je mène aujourd’hui en parallèle mon travail de plasticienne et de création de bijoux.

Ce sont deux démarches vraiment différentes. Imaginer une installation prend beaucoup de temps et nécessite beaucoup de recherches.

Pour le bijou, je ne me pose pas autant de questions, je me laisse plus de liberté. Je dessine des formes qui me font rire et ça s’arrête là. C’est une sorte d’exutoire quand je ne sais pas trop quoi faire.

J’aimerais qu’on voie dans ces bijoux plus qu’une forme plaisante, qu’on y voit du second degré, quelque chose de drôle.

Ce qui est le plus agréable est de voir l’objet fini, de pouvoir se dire :" ça valait le coup de le faire". Ce qui est le plus contraignant, ce sont les détails techniques qui coincent.

C’est un travail qui demande tellement de recul et qui génère tellement de doutes qu’on est vraiment content quand ça fonctionne.

  • NOEMIE PICHON - plasticienne et bijoutière
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